Commémoration du Convoi n°8
De la page noire à la Voie blanche
Parallèlement à la rafle du Vél d’Hiv, l’ouest de la France fut le théâtre de persécutions massives, notamment à Angers, rouage essentiel de l’appareil d’occupation nazi. Entre le 15 et le 20 juillet 1942, 872 Juifs, étrangers et français, furent arrêtés en Maine-et-Loire et dans les départements voisins. Rassemblés au Grand Séminaire d’Angers, ils furent ensuite transférés vers la gare pour être déportés par le Convoi n°8, vers le camp d’extermination d’Auschwitz.
Pour le 80ème anniversaire de ce départ, la ville d’Angers et l’association Familles et Amis du Convoi n°8 ont organisé, le dimanche 17 juillet 2022, une cérémonie d’une grande solennité. Le Préfet du Maine-et-Loire, le maire d’Angers, des parlementaires, des élus, des militaires et des représentants de tous les cultes se sont joints à une quarantaine de descendants venus de métropole, de Martinique et d’Israël pour suivre les trois étapes de ce parcours mémoriel.
La commémoration a débuté au Grand Séminaire Saint-Jean, rue Barra. Une plaque rappelle que des familles furent parquées ici pendant cinq jours, sous la surveillance de gendarmes français, avant leur départ vers la mort. Après les dépôts de gerbes, les allocutions et le Kaddish, l’assemblée a écouté le témoignage poignant de Madame Odette Bergoffen. À 98 ans, cette Juste parmi les Nations, qui sauva trois vies juives près d’Angers, a rappelé par son récit que des actes de courage ont pu s’opposer à la déshumanisation.
La cérémonie s’est ensuite déplacée vers le quai dit « du Maroc », à deux kilomètres de la gare. C’est là que, le 20 juillet 1942 au soir, à l’abri des regards et sous une chaleur étouffante, s’ébranla le Convoi n°8. Durant trois jours, dans des wagons à bestiaux, 872 êtres humains endurèrent des conditions inhumaines, sans eau ni nourriture.
Sur ce quai, où les portes se sont fermées pour ne s’ouvrir que sur l’horreur du camp, notre regard se perd le long des rails, et nos pensées cheminent loin, très loin, jusqu’au terminus de cet enfer roulant. Après le dévoilement d’une plaque commémorative, la lecture des noms s’égrena dans un silence recueilli. Pour certains descendants, la gorge nouée par l’émotion rendait l’énumération difficile. Par instants, le grondement d’un train, écho déchirant du passé, brisait les sanglots de nos voix, en un contraste saisissant entre le présent et l’Histoire.
Enfin, la troisième étape nous a conduits derrière la gare, sur la place où un totem présente le futur « Mur des Noms » du Convoi n°8, un mémorial qui s’intitulera Voie blanche. L’œuvre joue sur l’homonymie avec la « voix blanche», celle de l’émotion pure. Selon l’artiste, Emmanuel Saulnier, elle exprime «une présence permanente et sensible que l’on va côtoyer toujours. Elle trouve ainsi l’absolu contraire au chemin mortifère du nazisme assassin, celui de la disparition et de la négation »
Laurence Aisène